Bénin
L'ancien ministre Alassane Tigri placé sous détention après le putsch manqué de décembre 2025

L’incarcération d’Alassane Tigri, ancien ministre et figure de l’opposition béninoise, constitue l’un des épisodes les plus sensibles de la réponse judiciaire à la tentative de coup d’État avortée de décembre 2025. Mais au-delà de son cas personnel, le dossier instruit par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) dessine progressivement les contours d’un réseau composite, mêlant officiers de l’armée, civils proches du pouvoir politique et figures de l’opposition, dont les relations interrogent autant qu’elles troublent.
Placée en détention provisoire fin janvier, l’ancienne personnalité gouvernementale est poursuivie pour complot contre la sûreté de l’État, atteinte à l’autorité de l’État et trahison. La justice cherche à déterminer si son rôle s’est limité à des échanges privés ou s’il s’inscrivait dans un dispositif plus large de soutien à une entreprise de rupture constitutionnelle.
Un réseau de suspects aux frontières floues entre armée, politique et relations personnelles
À mesure que l’enquête judiciaire progresse sur la tentative de coup d’État, un constat s’impose : loin d’un soulèvement militaire isolé, le dossier instruit par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) met en lumière un enchevêtrement de relations militaires, civiles et politiques, dont les contours restent encore partiellement opaques.
Les autorités béninoises ont, dans un premier temps, circonscrit la responsabilité à un noyau militaire clairement identifié. Des officiers et soldats issus principalement de la Garde nationale et d’unités stationnées dans le sud du pays ont été interpellés et placés sous mandat de dépôt. Selon les éléments communiqués, ces militaires partageaient des trajectoires professionnelles communes, des frustrations internes à l’institution et, pour certains, une proximité directe avec le lieutenant-colonel Pascal Tigri, présenté comme l’architecte opérationnel de la tentative de putsch et toujours en fuite.
Mais très rapidement, l’enquête a débordé le strict cadre des casernes.
Du cœur militaire aux périphéries civiles
L’élargissement des poursuites à des personnalités civiles marque un tournant stratégique dans le traitement du dossier. Les magistrats s’attachent désormais à comprendre si l’initiative militaire a bénéficié, en amont ou en périphérie, de soutiens politiques, logistiques ou relationnels, sans lesquels une telle opération aurait été difficile à envisager.
C’est dans cette zone intermédiaire qu’apparaît le nom d’Alassane Tigri. Ancien ministre et cadre de l’opposition, son implication présumée repose moins sur des actes matériels que sur des liens personnels et communicationnels avec certains protagonistes militaires, au premier rang desquels figure Pascal Tigri, avec lequel il entretient un lien familial. La justice explore l’hypothèse selon laquelle ces relations auraient pu servir de canal de circulation d’informations, de légitimation politique ou, à tout le moins, de caution morale.
À ce stade, aucun élément public ne permet d’affirmer que l’ancien ministre ait participé à la planification opérationnelle. Son dossier illustre plutôt une logique d’enquête extensive, où la frontière entre proximité personnelle et complicité pénale devient l’un des enjeux centraux.
L’opposition dans le viseur judiciaire
Alassane Tigri n’est pas un cas isolé. D’autres figures civiles, issues ou proches de l’opposition, ont été interpellées, entendues ou inculpées. Certaines ont été relâchées, d’autres maintenues sous contrôle judiciaire ou incarcérées. Les chefs d’accusation varient — de la non-dénonciation à l’incitation, en passant par le complot — mais dessinent un même fil conducteur : la recherche de relais civils susceptibles d’avoir donné une épaisseur politique à une initiative militaire.
Cette orientation alimente un malaise durable. Pour l’opposition, il existe un risque clair d’amalgame entre contestation politique et menace sécuritaire. Pour les autorités, la ligne défendue est celle d’une justice indifférente aux appartenances partisanes, focalisée exclusivement sur la préservation de l’ordre constitutionnel.
Une affaire de réseaux plus que de commandement
Ce que révèle surtout l’enquête, dans son état actuel, c’est l’absence d’un schéma classique de coup d’État hiérarchisé. Le dossier ne décrit pas une chaîne de commandement rigide, mais plutôt un système de relations croisées : anciens camarades d’armes, liens familiaux, affinités politiques, solidarités idéologiques.
Dans ce contexte, la tentative de putsch apparaît moins comme un projet structuré que comme une convergence fragile de mécontentements, agrégée autour de figures centrales mais dépendante de soutiens diffus, parfois informels, parfois supposés. C’est précisément cette porosité entre sphères — militaire, politique, privée — que les magistrats tentent aujourd’hui de démêler.
Une instruction sous haute tension
La cartographie des responsabilités reste incomplète. Plusieurs suspects sont en fuite, d’autres pourraient voir leur statut évoluer. Les autorités judiciaires avancent avec prudence, conscientes que chaque mise en cause a une portée institutionnelle et politique majeure.
Au-delà des verdicts à venir, l’affaire pose une question plus large : comment un État démocratique gère-t-il une menace de rupture constitutionnelle sans étendre indûment le soupçon à l’ensemble du champ politique ? La réponse du Bénin, encore en construction, sera observée bien au-delà de ses frontières.
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