Ouganda
En Ouganda, Yoweri Museveni décroche un nouveau mandat dans une élection controversée

Au terme d’un scrutin marqué par l’intimidation, des accusations de fraude et une répression accrue de l’opposition, le président Yoweri Museveni a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle ougandaise du 15 janvier 2026. À 81 ans, il s’apprête à entamer un septième mandat, prolongeant un règne débuté il y a près de quatre décennies.
Le Conseil électoral ougandais a annoncé que M. Museveni avait obtenu environ 71,6 % des suffrages, loin devant son principal rival, Robert Kyagulanyi, mieux connu sous son nom de scène Bobi Wine, crédité de près de 24,7 % des voix. Ces résultats, confirmés le 17 janvier, confirment la domination politique de Museveni dans un pays où il règne sans discontinuer depuis 1986.
Un scrutin sous tension
La campagne électorale s’est déroulée dans un climat de fortes tensions. Les semaines précédant le vote ont été marquées par des démarches intimidantes contre la société civile, notamment l’interdiction d’activités de deux des principales organisations de défense des droits humains quelques jours avant le scrutin, une décision justifiée par le gouvernement au nom de la « sécurité nationale ».
Dans plusieurs régions, des observateurs ont signalé des arrestations arbitraires, des manifestations dispersées par la force et une atmosphère de peur persistante. Le gouvernement a également imposé une coupure généralisée de l’accès à Internet le jour du vote, une mesure censée prévenir la désinformation mais largement critiquée comme un outil de contrôle politique.
Le rejet des résultats par l’opposition
M. Bobi Wine, figure de l’opposition et ancien chanteur populaire, n’a pas reconnu les résultats proclamés. Il a dénoncé des « résultats truqués », évoquant des allégations de falsification des bulletins, des pannes de machines d’identification biométrique dans des bastions de l’opposition et la disparition de plusieurs de ses agents de terrain.
Dans les heures qui ont suivi l’annonce, des membres de son camp ont affirmé qu’une opération militaire avait visé son domicile, et que Bobi Wine avait dû se mettre à l’abri après avoir échappé à ce qu’ils ont qualifié de raid. La police ougandaise a démenti ces accusations, assurant que les mesures de sécurité autour de son domicile avaient pour seul but de prévenir des violences potentielles.
Un long règne profondément ancré
Yoweri Museveni est l’un des chefs d’État les plus anciens en exercice en Afrique. Ancien commandant rebelle, il a pris le pouvoir en 1986 au terme d’une guerre civile et a depuis consolidé son autorité par des victoires successives, remodelant la Constitution pour supprimer les limites d’âge et de mandat présidentiels et neutraliser une grande partie de l’opposition.
Ses partisans font valoir que sa longue présidence a apporté stabilité politique, développement économique et sécurité régionale, notamment dans la lutte contre les insurgés de la LRA et l’accueil de réfugiés. Mais ses critiques dénoncent une gouvernance autoritaire, avec une pression constante sur les médias libres, les défenseurs des droits humains et les opposants politiques.
Réactions internationales et perspectives régionales
La réélection de Museveni a été saluée par plusieurs organismes régionaux. L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a félicité le président pour sa victoire et a appelé à un renforcement de la paix et de la coopération régionale.
Pour autant, la communauté internationale demeure partagée. Certains observateurs ont noté des irrégularités et dénoncé le climat répressif autour du scrutin, tandis que des institutions de surveillance électorale, comme la mission conjointe de l’Union africaine et de plusieurs organisations régionales, ont souligné des conditions qui ont entraîné méfiance et suspicion sans pour autant établir formellement un bourrage direct des urnes.
Un pays à la croisée des chemins
Alors que Museveni poursuit son règne, l’Ouganda se trouve à un moment charnière de son histoire politique. La longévité du président soulève des interrogations profondes sur l’avenir de la démocratie dans le pays, sur les aspirations d’une population en majorité jeune, et sur la capacité de l’opposition à résister dans un paysage politique largement dominé par l’appareil étatique.
À 81 ans, Museveni affirme qu’il entend continuer à diriger le pays vers une croissance économique accrue et une amélioration des infrastructures. Mais derrière ces promesses se dessine une réalité politique plus complexe — celle d’un régime qui, malgré son ancrage, doit composer avec une jeunesse de plus en plus sceptique et des appels répétés à des réformes démocratiques véritables.
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