Sénégal
La mort d’Abdoulaye Bâ au Sénégal alimente une crise politique et sociale aux contours incertains

La mort d’un jeune étudiant sénégalais cette semaine a transformé un mouvement de protestation estudiantin en une crise de confiance profonde entre la jeunesse du pays et les autorités, ravivant des tensions politiques et sociales plus larges. Au cœur de cette tourmente se trouve le décès tragique de Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année de chirurgie dentaire à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, dont les circonstances restent floues et contestées.
Les manifestations, qui avaient débuté à la fin de 2025 pour dénoncer des retards dans le versement des bourses étudiantes, ont gagné l’ampleur d’un mouvement général de frustration contre la gestion économique du pays, après l’élection en 2024 du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre, Ousmane Sonko.
Une journée qui tourne au drame
Selon plusieurs associations étudiantes, dont l’Amicale des étudiants de la Faculté de médecine, le drame s’est produit le 9 février 2026, lorsque des forces de l’ordre ont été autorisées à pénétrer sur le campus social de l’UCAD pour disperser ce que les autorités ont décrit comme une foule en colère.
Témoignages et communiqués étudiants décrivent une scène d’escalade : les forces de l’ordre auraient, selon ces récits, défoncé des portes de chambres étudiantes et utilisé la force sur des résidents qui, selon eux, ne participaient pas aux manifestations actives ce jour-là. C’est dans ce contexte que M. Ba aurait été grièvement blessé dans sa chambre, avant d’être transporté en urgence au service médical du COUD, où il a succombé à ses blessures, selon des représentants étudiants.
Le gouvernement, pour sa part, a exprimé ses « profondes condoléances » et décrit le décès comme le résultat de « sérieux événements » sur le campus, tout en soulignant que les circonstances exactes étaient encore en cours d’enquête. Le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, a promis une enquête pour « établir toute responsabilité juridique », mais n’a pas donné de détails précis sur l’évolution des investigations.
Contestations, accusations et plainte contre le Premier ministre
Alors que l’incertitude entoure encore la chronologie précise des faits, les réactions politiques ont été immédiates et virulentes. Le Collectif des amicales de l’Université Cheikh Anta Diop a publié un communiqué très critique, affirmant que les forces de l’ordre avaient « torturé à mort » l’étudiant alors qu’il se trouvait dans sa chambre, sans prendre part à des affrontements dans les rues universitaires.
L’organisation a par ailleurs annoncé son intention de déposer une plainte pour diffamation contre le Premier ministre Ousmane Sonko, qu’elle accuse d’avoir minimisé ou déformé les faits dans ses déclarations publiques, une démarche judiciaire rare qui illustre l’ampleur du fossé entre les autorités et la jeunesse universitaire.
Sur le plan politique, cette crise intervient alors que M. Sonko doit répondre de l’action de son gouvernement devant l’Assemblée nationale le 24 février, dans un climat de tensions grandissantes.
Une jeunesse en colère
Au-delà des promesses de justice et d’enquête, nombreux sont les étudiants et citoyens qui voient dans la mort de M. Ba une illustration d’un profond malaise social. « Ce n’est pas seulement une tragédie isolée — c’est le symbole d’un gouvernement qui n’écoute plus sa jeunesse », confie Oumar Ba, étudiant en mathématiques, lors d’une manifestation devant l’université. « Nous n’étions pas là pour nous battre contre l’État, nous voulions juste des réponses. »
D’autres étudiants soulignent le ressentiment accumulé face à la pauvreté des services publics, aux retards de paiement des bourses et à un paysage économique marqué par une crise budgétaire profonde, estimée à plusieurs milliards de dollars, qui pèse sur les jeunes et les familles.
Au-delà du drame
Si le gouvernement a appelé au calme et promis des éclaircissements, l’enquête est encore à ses débuts, et les versions des événements divergent fortement — des forces de l’ordre affirmant avoir fait face à des violences étudiantes, aux associations dénonçant des interventions disproportionnées et des atteintes aux droits fondamentaux.
Dans une nation où près de 75 % de la population est âgée de moins de 35 ans, cette tragédie a résonné plus largement comme un appel à une réforme plus profonde des politiques sociales et économiques, ainsi qu’à un dialogue renouvelé entre les dirigeants politiques et une jeunesse exaspérée.
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