Politique
Centrafrique : Le bras de fer de Dologuélé contre la déchéance de nationalité, l'ONU saisie

Le paysage politique centrafricain est secoué par une affaire d'État qui prend une tournure internationale. L'opposant de premier plan, Anicet-Georges Dologuélé, a décidé de porter plainte auprès de l'Organisation des Nations Unies (ONU) suite à la déchéance de sa nationalité centrafricaine, une décision qu'il juge purement politique et visant à l'écarter de la prochaine course présidentielle.
Ancien Premier ministre et figure récurrente des scrutins présidentiels, M. Dologuélé, président de l'Union pour le renouveau centrafricain (URCA), est au cœur d'une bataille juridique et administrative qui cristallise les tensions dans le pays. La nouvelle Constitution de 2023, adoptée par référendum et vivement contestée par l'opposition, impose désormais que les candidats à la magistrature suprême soient exclusivement de nationalité centrafricaine d'origine. Cette clause, perçue comme un verrouillage institutionnel en faveur du pouvoir en place, est au cœur du contentieux.
Initialement visé par cette disposition pour sa double nationalité (centrafricaine et française), M. Dologuélé avait pourtant annoncé dès septembre son intention de renoncer à sa nationalité française pour se conformer à la nouvelle loi fondamentale. Mais l'offensive contre sa candidature ne s'est pas arrêtée là. Malgré sa démarche, l'opposant a vu son certificat de nationalité centrafricaine invalidé une première fois, puis une deuxième fois par les autorités compétentes, soulevant des vagues d'indignation et des accusations d'acharnement politique.
L'entourage de l'opposant dénonce des pressions exercées sur la justice et les instances administratives, notamment sur les magistrats chargés du dossier. M. Dologuélé lui-même a déclaré publiquement son étonnement face à la rapidité et à la nature des procédures, soulignant l'empressement du pouvoir à le déclarer apatride et, par conséquent, inéligible à la présidentielle de décembre.
Du côté de la présidence centrafricaine, on rejette fermement toute manœuvre politique, insistant sur le strict respect de l'application de la loi. Les proches du pouvoir défendent une application rigoureuse de la loi de 1961 sur la nationalité, mise en avant de manière surprenante après des décennies de latence.
En portant l'affaire devant l'ONU, Anicet-Georges Dologuélé cherche non seulement à rétablir ses droits civiques, mais aussi à internationaliser le débat sur l'état de la démocratie et de l'État de droit en Centrafrique. Sa démarche vise à dénoncer ce qu'il perçoit comme une utilisation de l'appareil d'État à des fins d'élimination politique, menaçant la pluralité du jeu démocratique à quelques semaines d'une élection cruciale.
Cette affaire, qui crée un précédent potentiellement lourd de conséquences pour l'avenir politique du pays, est un signal d'alarme pour la communauté internationale. Elle met en lumière les tensions croissantes entre le pouvoir et une opposition qui se sent ciblée par un arsenal juridique taillé sur mesure.
Le cas Dologuélé, qui n'est pas sans rappeler d'autres tentatives d'écarter des opposants par des moyens légaux controversés en Afrique, pose la question de la crédibilité et de la légitimité du processus électoral en cours. L'ONU est désormais saisie d'un dossier qui dépasse la seule personne de l'opposant et interroge la stabilité institutionnelle de la République centrafricaine.
Articles similaires

Bénin : l’Assemblée nationale adopte un septennat présidentiel et législatif.
Dans une séance nocturne particulièrement attendue, l’Assemblée nationale béninoise a adopté, dans la nuit du vendredi 14 au samedi 15 novembre 2025
Publié le
Mali :L'onde de choc de l'assassinat de Mariam Cissé
L'indignation et sursaut patriotique face à la terreur, L'exécution brutale de Mariam Cissé, une jeune blogueuse et influenceuse malienne très suivie sur la plateforme TikTok...
Publié le
Élections au Bénin : l'« inacceptable » invalidation du parti Les Démocrates
l'« inacceptable » invalidation du parti Les Démocrates, un nouveau coup dur pour le pluralisme L'arène politique béninoise est une nouvelle fois secouée par une décision controversée.
Publié le

Cameroun :Soixante jeunes de l'Adamaoua libérés après les tensions post-électorales
Ngaoundéré, Cameroun – Un vent d'apaisement souffle sur la région de l'Adamaoua. Le Ministère de l'Administration Territoriale (MINAT) a annoncé la libération d'une soixantaine de jeunes qui avaient été interpellés
Publié le

SYLVIA ET NOUREDDIN JUGÉS PAR CONTUMACE À LIBREVILLE
GABON : LE PROCÈS DU SYSTÈME BONGO – SYLVIA ET NOUREDDIN JUGÉS PAR CONTUMACE À LIBREVILLE L'ère post-coup d'État au Gabon a pris une nouvelle dimension politique et judiciaire ce lundi 10 novembre 2025.
Publié le
