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Sommet de l'Union Africaine: priorité à la paix dans l'Est de la RDC et au Sahel

Sommet de l'Union Africaine: priorité à la paix dans l'Est de la RDC et au Sahel

Dans l’imposant complexe de verre et de marbre qui abrite le siège de l’Union africaine, les chefs d’État du continent se sont retrouvés cette semaine pour le 37ᵉ sommet ordinaire de l’organisation. Officiellement, l’agenda était vaste. En réalité, deux crises ont dominé les échanges, dans les séances plénières comme dans les apartés diplomatiques : la guerre persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo et l’instabilité chronique au Sahel.

Autour de la table figuraient les 55 États membres, le président de la Commission de l’Union africaine, ainsi que des représentants des Nations unies et des principales organisations régionales. Leur présence soulignait une évidence : aucune de ces crises ne peut être contenue sans coordination internationale.

À l’Est congolais, une diplomatie fragmentée

Les chefs d’État ont longuement débattu de la détérioration sécuritaire dans le Nord-Kivu, où les affrontements impliquant le M23 et les forces congolaises ont déplacé des centaines de milliers de civils, selon les données des Nations unies. Les tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali ont plané sur les échanges.

Officiellement, le sommet a réaffirmé l’attachement « indéfectible » à l’intégrité territoriale de la RDC et au respect des processus de Luanda et de Nairobi. Ces cadres de négociation, soutenus politiquement par l’Union africaine, constituent aujourd’hui l’ossature diplomatique de la gestion du conflit.

Mais sur le terrain, la réalité est plus complexe.

Depuis deux ans, plusieurs mécanismes ont été successivement activés : la force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est, puis la mission de la Communauté de développement d’Afrique australe. L’UA, par l’intermédiaire de son Conseil de paix et de sécurité, a validé et coordonné ces initiatives sans en assurer directement le commandement.

En parallèle, la mission des Nations unies en RDC (MONUSCO) entame un retrait progressif. Cette transition inquiète certains diplomates africains, qui redoutent un vide sécuritaire si les forces régionales ne parviennent pas à stabiliser durablement les zones de combat.

Au sommet, plusieurs dirigeants ont plaidé pour une harmonisation des mandats militaires et un renforcement du mécanisme de vérification conjoint chargé d’examiner les accusations transfrontalières. Mais aucun calendrier précis n’a été rendu public.

Au Sahel, entre sanctions et recomposition stratégique

À plus de 4 000 kilomètres de là, le Sahel représente un défi d’une autre nature : moins une guerre interétatique qu’une lente désagrégation sécuritaire et institutionnelle.

Depuis les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l’Union africaine a appliqué sa doctrine contre les changements anticonstitutionnels de gouvernement en suspendant ces États de ses instances. Ces mesures, inscrites dans l’Architecture africaine de paix et de sécurité, ont été partiellement ajustées à mesure que des calendriers de transition étaient négociés.

Mais la situation sécuritaire continue de se détériorer. Les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique étendent leur emprise territoriale, tandis que la coopération militaire régionale s’est transformée. Le retrait des forces françaises et la fragilisation du G5 Sahel ont redessiné le paysage stratégique.

Au sommet, les discussions ont porté sur la nécessité d’un financement africain plus autonome des opérations de paix. Depuis plusieurs années, l’UA plaide pour que le Conseil de sécurité de l’ONU autorise un financement pérenne des missions africaines via les contributions obligatoires des États membres. Cette revendication a été réitérée, sans avancée concrète annoncée.

La création récente de l’Alliance des États du Sahel par les trois régimes militaires ajoute une couche supplémentaire de complexité. Elle redéfinit les alliances régionales et limite l’influence directe des mécanismes continentaux existants.

Entre ambition continentale et contraintes structurelles

Le sommet n’a pas produit d’annonce spectaculaire. Il a plutôt révélé une organisation confrontée à ses propres contradictions : déterminée à promouvoir des « solutions africaines », mais dépendante de financements extérieurs ; engagée en faveur de l’ordre constitutionnel, mais soucieuse de ne pas rompre le dialogue avec des régimes de transition.

Dans les couloirs, certains diplomates reconnaissent que l’Union africaine agit souvent davantage comme plateforme de coordination que comme force opérationnelle directe. Son influence réside dans la légitimité politique qu’elle confère aux initiatives régionales, et dans sa capacité à maintenir un cadre multilatéral de discussion.

Reste que, sur les collines du Nord-Kivu comme dans les plaines sahéliennes, les dynamiques de violence obéissent à des logiques locales profondément enracinées; rivalités foncières, fractures communautaires, marginalisation économique que ni les sommets ni les communiqués ne peuvent résoudre à eux seuls.

En consacrant son agenda à ces deux crises, l’Union africaine a implicitement reconnu que sa crédibilité se joue là. Moins dans les déclarations solennelles que dans sa capacité à transformer des mécanismes souvent théoriques en résultats tangibles.

Pour l’organisation continentale, l’heure n’est plus seulement à la diplomatie préventive. Elle est à l’épreuve des faits.


Loïc KETCHOUANG,publié le 16 février 2026

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