Sénégal

À Dakar, le Sénégal et le FMI reprennent langue autour d’un nouveau programme économique

À Dakar, le Sénégal et le FMI reprennent langue autour d’un nouveau programme économique

Après plusieurs mois de gel et d’incertitude, le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI ont officiellement relancé leurs discussions en vue d’un nouveau programme de coopération économique et financière. La récente visite à Dakar de Mercedes Martin, cheffe de mission du FMI pour le pays, marque une reprise prudente mais structurante d’un dialogue devenu central pour l’avenir budgétaire et financier du Sénégal.

Cette relance intervient dans un contexte délicat : celui d’un changement de pouvoir, d’une situation macroéconomique sous tension et d’attentes élevées, tant de la part de la population que des partenaires internationaux, quant à la trajectoire économique du pays.

Une relation suspendue, puis réévaluée

Jusqu’à récemment, le Sénégal figurait parmi les partenaires réguliers du FMI en Afrique de l’Ouest, bénéficiant de programmes successifs destinés à soutenir la stabilité macroéconomique et les réformes structurelles. Mais ces échanges avaient été ralentis, puis suspendus, dans l’attente de clarifications sur l’état réel des finances publiques et sur certaines données budgétaires transmises par les autorités précédentes.

La mission conduite par Mercedes Martin s’inscrit ainsi dans une phase de diagnostic approfondi. Pour le FMI, l’objectif est d’évaluer avec précision la situation des comptes publics, le niveau d’endettement et les risques pesant sur la soutenabilité budgétaire. Pour le gouvernement sénégalais, il s’agit de rebâtir une relation de confiance, considérée comme essentielle pour restaurer la crédibilité économique du pays.

Un nouvel exécutif confronté aux contraintes budgétaires

Depuis son arrivée au pouvoir, le nouvel exécutif sénégalais a multiplié les déclarations appelant à une lecture plus transparente de l’héritage économique laissé par la précédente administration. Plusieurs responsables ont évoqué des marges de manœuvre plus étroites qu’anticipé, dans un contexte marqué par un déficit budgétaire élevé et une dette publique en progression.

Dans ce cadre, la reprise des discussions avec le FMI apparaît moins comme une option que comme un passage obligé, à la fois pour sécuriser les équilibres macroéconomiques et pour rassurer les bailleurs de fonds internationaux, dont dépend une partie du financement de l’économie sénégalaise.

Les contours sensibles d’un futur programme

Aucun accord n’a encore été annoncé, et les discussions demeurent techniques. Mais plusieurs axes structurants se dégagent déjà :

la maîtrise des finances publiques, la réduction progressive du déficit, la gestion de la dette, ainsi que des réformes touchant notamment aux subventions et au secteur de l’énergie.

Autant de sujets politiquement sensibles dans un pays où le nouveau pouvoir s’est engagé à rompre avec certaines pratiques passées tout en protégeant le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes. La question centrale reste donc celle de l’équilibre entre discipline budgétaire et exigences sociales, dans un contexte de forte attente populaire.

Un calcul politique autant qu’économique

Au Sénégal, la relation avec le FMI demeure ambivalente. Si elle est perçue par les investisseurs comme un gage de sérieux macroéconomique, elle suscite également des réserves profondes dans l’opinion publique, nourries par le souvenir des programmes d’ajustement structurel et par la crainte de mesures jugées socialement coûteuses.

Pour le gouvernement, l’enjeu est double : convaincre le FMI de sa capacité à conduire des réformes crédibles, tout en évitant que ces discussions ne soient perçues comme un renoncement aux promesses de justice sociale et de souveraineté économique.

Un signal scruté par les marchés

Au-delà du cadre bilatéral, la reprise du dialogue avec le FMI est observée de près par les marchés financiers, les agences de notation et les partenaires techniques et financiers du Sénégal. Un nouvel accord pourrait faciliter l’accès à d’autres financements multilatéraux et contribuer à stabiliser les anticipations économiques dans un environnement régional incertain.

À ce stade, rien n’est encore acté. Mais la visite de Mercedes Martin à Dakar marque un tournant : celui d’un rapprochement pragmatique, où le Sénégal et le FMI semblent désormais engagés dans une phase de négociation dont l’issue façonnera, pour une large part, la trajectoire économique du pays dans les années à venir.


Loïc KETCHOUANG,publié le 25 janvier 2026

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