Guinée Conakry

L’Union africaine réintègre la Guinée après trois ans d’exclusion

L’Union africaine réintègre la Guinée après trois ans d’exclusion

Suspendue depuis le coup d’État de septembre 2021, qui avait renversé le gouvernement constitutionnel et isolé Conakry des principales instances régionales, la Guinée avait jusqu’ici été tenue à l’écart des délibérations qui façonnent l’avenir politique et économique du continent africain. Jeudi, lors de la 1325ᵉ réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, les membres ont officiellement levé cette suspension, jugeant qu’un « retour à l’ordre constitutionnel » avait été amorcé avec l’organisation d’une élection présidentielle fin décembre dernier.

Pour les autorités africaines, cette décision traduit la reconnaissance d’un processus jugé « substantiel » dans la transition politique guinéenne, et salué notamment pour le déroulement pacifique du scrutin présidentiel du 28 décembre 2025. Le Conseil a ainsi invité la Guinée à reprendre immédiatement sa place au sein de l’Union africaine, mettant un terme à une exclusion qui avait privé Conakry de toute influence dans les discussions sur paix, sécurité et développement continental.

Mais cette réintégration ne va pas sans soulever des questions plus larges sur les normes de gouvernance que l’Union africaine cherche à promouvoir. Si l’organisation a salué les « progrès significatifs » enregistrés, certains observateurs s’interrogent sur la portée réelle de ces garanties démocratiques dans un contexte où les autorités guinéennes ont mené des réformes constitutionnelles et politiques sous la houlette d’un pouvoir issu d’un putsch.

Lors d’un échange avec le ministre guinéen des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté — architecte diplomatique de cette réintégration — le président de la Commission de l’Union africaine a mis en avant non seulement les étapes franchies par Conakry, mais aussi la volonté de l’UA d’utiliser cette expérience comme « étude de cas » pour soutenir d’autres pays en transition.

À Addis-Abeba, cette décision est perçue comme une réponse pragmatique à une pression croissante pour que l’Union africaine ne reste pas un simple gardien de principes formels, mais un acteur capable de s’adapter aux dynamiques internes des États membres tout en favorisant une stabilité durable. Pour les diplomates africains, l’heure est désormais à la consolidation de l’État de droit et à la réparation des liens politiques longtemps rompus entre Conakry et ses partenaires régionaux.

Ce moment marque un chapitre crucial dans la relation entre la Guinée et l’Union africaine, et illustre les compromis délicats que l’organisation continentale doit négocier pour rester un forum pertinent dans un paysage politique africain en pleine évolution.


Loïc KETCHOUANG,publié le 23 janvier 2026

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