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En Afrique de l’Ouest, le retrait du Burkina Faso et du Mali des listes de risques financiers secoue la perception internationale

En Afrique de l’Ouest, le retrait du Burkina Faso et du Mali des listes de risques financiers secoue la perception internationale

Dans un contexte où les institutions financières mondiales cherchent à resserrer les mailles de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, deux pays sahéliens viennent de franchir une étape majeure : le Burkina Faso et le Mali ont été retirés des listes internationales qui identifient les juridictions présentant des “déficiences stratégiques” dans leurs dispositifs de contrôle financier. Ce retrait, salué par leurs gouvernements, suscite toutefois une interrogation politique et économique plus large sur l’évolution du cadre de gouvernance institutionnelle dans des États marqués par l’instabilité.

La décision, entrée en vigueur à la suite de l’actualisation annuelle des listes par des instances internationales, reflète les progrès accomplis par ces deux pays dans la mise en œuvre de normes internationales de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Elle s’inscrit notamment dans le cadre de la mise à jour opérée par la Commission européenne, qui a retiré en décembre 2025 plusieurs pays africains de sa propre liste des juridictions à haut risque, alignant ainsi sa position sur les dernières décisions du Groupe d’action financière (GAFI).

Un signal politique fort — mais nuancé

Pour les autorités de Ouagadougou et de Bamako, la sortie de ces listes constitue une victoire diplomatique et symbolique, qui valide leur engagement contre les flux financiers illicites. Au Burkina Faso, le ministre de l’Économie a qualifié cette décision de « victoire » et d’« étape décisive » dans la construction d’un système financier plus transparent. Il a toutefois prévenu que la lutte devait se poursuivre pour éviter toute rechute.

Au Mali, la nouvelle intervient après des années de réformes institutionnelles censées renforcer la résilience du système bancaire et des mécanismes de supervision nationale, notamment en matière de conformité aux standards fixés par le GAFI.

Sur le plan politique, cette évolution peut être lue comme un effort de restauration de la réputation internationale de ces États, qui ont été isolés dans le passé en raison de tensions internes et de périodes prolongées de gouvernements de transition. Nombre d’observateurs soulignent que l’assainissement du cadre anti-blanchiment était devenu un impératif, non seulement pour répondre aux normes internationales, mais aussi pour renouer avec des partenaires financiers clés.

Impacts économiques immédiats et à long terme

Le retrait des listes à risque n’est pas qu’un geste symbolique. Il a des implications concrètes sur le plan économique. Les pays figurant sur ces listes voient souvent leurs transactions financières internationales soumises à des contrôles renforcés, freinant les flux d’investissements étrangers et augmentant les coûts de conformité pour les banques et entreprises. L’allégement de ces contraintes est donc perçu comme un signal positif par les milieux d’affaires.

Dans la pratique, cela signifie une diminution de la vigilance accrue imposée aux transferts financiers vers et depuis ces pays — un facteur qui devrait faciliter les échanges commerciaux et bancaires avec des partenaires internationaux, en particulier au sein de l’Union européenne et d’autres zones économiques sensibles.

Pour les économies burkinabè et maliennes, déjà fragilisées par des chocs politiques et sécuritaires, ce changement pourrait améliorer l’accès au crédit, attirer davantage d’investissements directs étrangers et réduire les coûts des transactions internationales. Toutefois, les analystes préviennent que de tels bénéfices dépendront de la stabilité institutionnelle et de la poursuite de réformes crédibles sur le long terme.

Transition politique et exigences de bonne gouvernance

Dans les capitales africaines comme sur la scène internationale, la décision de retirer le Burkina Faso et le Mali des listes de risques est également interprétée à travers le prisme plus large des dynamiques politiques internes. Dans les deux pays, les transitions ayant suivi des ruptures constitutionnelles ont souvent été accompagnées de critiques sur la gouvernance et le respect des normes internationales.

À ce titre, l’évaluation favorable des dispositifs de lutte anti-blanchiment est un témoignage indirect de capitaux politiques mobilisés en faveur de réformes, même si ces derniers restent sensibles à des contextes locaux de fragilité. Les décideurs européens et internationaux ont souligné que ces retraits n’effaçaient pas la nécessité d’un suivi continu : la conformité et la transparence doivent être entretenues pour éviter un retour sur des listes de surveillance ou de haut risque à l’avenir.

Entre prudence internationale et aspirations nationales

L’évolution de la position internationale à l’égard du Burkina Faso et du Mali reflète une tendance globale vers une harmonisation des standards de lutte contre les flux illicites, portée notamment par le GAFI et relayée par des instances régionales comme l’Union européenne. Mais elle met aussi en lumière les défis politiques qui accompagnent l’implémentation de ces normes dans des zones marquées par des transitions complexes.

Pour l’instant, le message des institutions internationales est clair : des progrès ont été reconnus, mais la vigilance reste de mise. Pour les autorités burkinabè et maliennes, il s’agit d’un tournant qui peut ouvrir des portes vers de nouvelles opportunités économiques — à condition que les efforts en matière de bonne gouvernance et de transparence financière continuent d’être une priorité.

Alors que les acteurs économiques et les partenaires internationaux scrutent désormais les prochains pas des réformes, ce retrait des listes à risque pourrait s’avérer être l’un des moments charnières dans la reconstruction de la confiance financière de ces États à l’échelle mondiale.


Loïc KETCHOUANG,publié le 16 janvier 2026

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