Tchad

Paris-N'Djamena la rencontre présidentielle qui renoue avec ses ambiguïtés

Paris-N'Djamena la rencontre présidentielle qui renoue avec ses ambiguïtés

La visite du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno en France, reçu par Emmanuel Macron, s’est déroulée dans un climat feutré, sans annonces spectaculaires ni déclarations conjointes majeures. Présentée officiellement comme une rencontre de travail, elle intervient pourtant à un moment de fortes tensions politiques et militaires au Tchad, et pose une nouvelle fois la question du positionnement de la France face à des régimes africains contestés mais stratégiquement indispensables.

Au-delà du protocole, la rencontre illustre une constante de la diplomatie française en Afrique : la recherche d’un équilibre instable entre principes affichés et réalités sécuritaires.

Un dirigeant au pouvoir contesté

Mahamat Idriss Déby, arrivé au pouvoir à la suite de la mort de son père Idriss Déby Itno en 2021, reste une figure controversée. Son accession à la présidence, d’abord par une transition militaire avant une élection contestée, a été dénoncée par une partie de l’opposition tchadienne et par des organisations de défense des droits humains, qui évoquent une concentration du pouvoir, des restrictions des libertés publiques et une répression persistante des voix dissidentes.

Ces critiques n’ont pas été évoquées publiquement lors de la visite à Paris. Aucun communiqué officiel n’a fait mention de la situation des droits humains ou des tensions politiques internes au Tchad, un silence qui contraste avec le discours français régulièrement tenu sur la promotion de la démocratie et de l’État de droit.

Un contexte militaire particulièrement instable

La rencontre intervient alors que le Tchad connaît une intensification des mouvements militaires sur plusieurs fronts. Le pays fait face à des menaces sécuritaires multiples : instabilité persistante dans le bassin du lac Tchad, effets indirects du conflit soudanais, circulation de groupes armés à ses frontières nord et est, et réorganisations internes au sein de l’appareil militaire.

Ces dynamiques renforcent le rôle central de l’armée tchadienne dans la gouvernance du pays, au détriment des institutions civiles. Elles expliquent aussi pourquoi, malgré la rupture formelle de certains accords militaires avec la France, la dimension sécuritaire reste au cœur des échanges bilatéraux.

Une coopération sécuritaire jamais totalement abandonnée

Officiellement, Paris et N’Djamena affirment vouloir refonder leur relation sur de nouvelles bases, moins centrées sur la présence militaire française. Dans les faits, la coopération sécuritaire n’a jamais totalement disparu. Les discussions portent désormais sur des formes plus discrètes de collaboration : renseignement, formation, appui technique, sans engagement visible de troupes françaises.

Pour la France, le Tchad demeure un acteur clé dans une région où ses marges de manœuvre se sont considérablement réduites. Après les ruptures avec plusieurs États sahéliens, Paris cherche à préserver des points d’ancrage stratégiques, même au prix d’une relation politiquement inconfortable.

Un calcul pragmatique, des deux côtés

u côté tchadien, la visite à Paris répond à un besoin de légitimation internationale. À un moment où le pouvoir fait face à des tensions internes et à des défis sécuritaires croissants, apparaître aux côtés du président français reste un signal diplomatique fort, destiné autant à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays.

Pour Emmanuel Macron, recevoir Mahamat Idriss Déby sans éclat mais sans rupture permet de maintenir un canal de dialogue avec un régime critiqué, tout en évitant une mise en scène qui pourrait être perçue comme un soutien politique explicite.

Une relation marquée par le non-dit

La visite s’est distinguée moins par ce qui a été dit que par ce qui a été évité. Aucun calendrier précis, aucun accord public, aucune clarification sur l’avenir exact de la coopération militaire. Ce flou reflète l’état actuel de la relation franco-tchadienne : ni alliance assumée, ni prise de distance franche.

Il souligne aussi une difficulté plus large de la politique africaine de la France : comment composer avec des partenaires jugés indispensables sur le plan sécuritaire, mais problématiques sur le plan politique.

Un signal observé au-delà du Tchad

Dans une Afrique centrale et sahélienne en recomposition, la visite de Mahamat Idriss Déby à Paris est scrutée bien au-delà de N’Djamena. Elle rappelle que, malgré les discours de rupture, les logiques sécuritaires continuent de structurer les relations entre la France et certains États africains.

À Paris, cette rencontre n’a pas marqué un nouveau départ. Elle a plutôt confirmé une réalité moins confortable : la relation entre la France et le Tchad demeure fondée sur la nécessité plus que sur la confiance, et sur le pragmatisme plus que sur les principes.


Loïc KETCHOUANG,publié le 2 février 2026

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