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En Libye, un méga-accord pétrolier avec TotalEnergies et ConocoPhillips marque le retour des grands investisseurs

En Libye, un méga-accord pétrolier avec TotalEnergies et ConocoPhillips marque le retour des grands investisseurs

Après plus d’une décennie d’instabilité politique et de paralysie institutionnelle, la Libye tente de reprendre la main sur son principal levier économique. Les autorités libyennes ont annoncé, fin janvier, la conclusion d’un accord pétrolier de 25 ans avec les groupes TotalEnergies et ConocoPhillips, un partenariat estimé à plus de 20 milliards de dollars d’investissements destinés à relancer la production nationale d’hydrocarbures.

Signé dans le cadre des activités de la Waha Oil Company, filiale de la National Oil Corporation (NOC), cet accord est présenté comme l’un des plus importants engagements étrangers dans le secteur énergétique libyen depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Il vise à moderniser des infrastructures vieillissantes et à accroître significativement la production dans un pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole d’Afrique, mais peine à les exploiter de manière stable.

Un objectif clair : relancer la production

Selon les autorités libyennes, l’accord pourrait permettre de porter la production de Waha à environ 850 000 barils par jour, contre un niveau actuel estimé entre 350 000 et 400 000 barils. Les investissements prévus doivent financer la rénovation des champs existants, le développement de nouveaux gisements — notamment celui de North Gialo — ainsi que la modernisation des installations de transport et de traitement.

Pour le gouvernement de Tripoli, l’enjeu est crucial. Les hydrocarbures représentent plus de 90 % des recettes publiques du pays, rendant l’économie libyenne extrêmement dépendante de la stabilité de sa production pétrolière. Les autorités ont insisté sur le fait que ces investissements seraient réalisés hors budget de l’État, un argument destiné à rassurer une population confrontée à des services publics défaillants et à une situation économique fragile.

Le retour prudent des majors occidentales

La signature de cet accord marque aussi un signal politique. Depuis des années, les grandes compagnies pétrolières internationales avaient réduit leur exposition en Libye, freinées par l’insécurité, les rivalités entre autorités concurrentes et l’incertitude juridique. Le retour de TotalEnergies et de ConocoPhillips traduit une confiance relative dans la capacité des institutions pétrolières libyennes — en particulier la NOC — à garantir un cadre opérationnel viable.

TotalEnergies, présent en Libye depuis les années 1950, a obtenu dans ce cadre une extension de ses concessions jusqu’en 2050, consolidant une présence de long terme dans le pays. Pour ConocoPhillips, partenaire historique de Waha, l’accord représente une occasion de renforcer sa position dans un bassin pétrolier à fort potentiel, malgré les risques persistants.

Un pari calculé dans un environnement instable

Si l’accord est salué par les autorités comme un tournant, il n’efface pas les fragilités structurelles du pays. La Libye reste divisée politiquement, exposée à des interruptions de production liées aux tensions locales et dépendante d’un secteur unique pour financer son fonctionnement.

Pour les compagnies étrangères, le pari repose sur une logique de long terme : sécuriser des actifs stratégiques dans un pays riche en ressources, à un moment où la concurrence est limitée et où les autorités libyennes se montrent disposées à offrir des conditions contractuelles attractives.

Entre relance économique et dépendance persistante

Au-delà de l’effet d’annonce, la réussite de cet accord dépendra de sa mise en œuvre effective. La capacité de la Libye à maintenir un environnement suffisamment stable pour absorber des investissements de cette ampleur reste incertaine, tout comme sa faculté à utiliser les revenus pétroliers pour diversifier une économie largement dépendante des hydrocarbures.

Pour l’heure, l’accord avec TotalEnergies et ConocoPhillips apparaît comme une tentative assumée de remettre le pétrole au cœur de la reconstruction économique du pays. Une stratégie familière en Libye, mais qui, cette fois, se veut plus structurée, plus durable — et, espèrent les autorités, moins vulnérable aux soubresauts politiques qui ont longtemps entravé son développement.


Loïc KETCHOUANG,publié le 28 janvier 2026

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