Côte d'ivoire
Condamnation du député malien Mamadou Gassama pour des propos jugés hostiles à Alassane Ouatara

Le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau a condamné, le 30 janvier 2026, le député malien Mamadou Hawa Gassama à trois ans de prison ferme, assortis d’une amende de cinq millions de francs CFA et d’une interdiction de séjour de trois ans sur le territoire ivoirien. La juridiction l’a reconnu coupable d’offense au chef de l’État ivoirien et de diffusion de propos outrageants par voie électronique, à la suite de déclarations visant le président Alassane Ouattara.
Le verdict met un terme à plusieurs mois de procédure judiciaire ouverte après l’arrestation de l’élu malien à l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, en juillet 2025, alors qu’il effectuait un déplacement privé. Il ouvre toutefois un débat plus large, mêlant liberté d’expression, compétence pénale et rivalités diplomatiques en Afrique de l’Ouest.
Des propos tenus au Mali, diffusés au-delà des frontières
Les faits reprochés remontent à août et septembre 2022, période durant laquelle Mamadou Hawa Gassama siégeait au Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif mis en place par les autorités de transition maliennes.
L’élément central du dossier est une interview vidéo accordée à un média malien en ligne, largement relayée par la suite sur Facebook, YouTube et WhatsApp.
Dans cet entretien, l’élu qualifie le président ivoirien d’« adversaire du Mali », l’accusant d’adopter une posture hostile envers les autorités de Bamako et de servir des intérêts étrangers, notamment français. À ces propos s’ajoutent plusieurs publications sur ses réseaux sociaux, reprenant une rhétorique similaire et mettant en cause la légitimité politique et morale du chef de l’État ivoirien.
Selon le parquet, ces déclarations, bien que formulées hors de Côte d’Ivoire, ont eu un impact direct sur le territoire ivoirien du fait de leur diffusion massive et de leur audience locale.
Un procès sous haute tension
Lors de l’audience, tenue au tribunal d’Abidjan-Plateau, le ministère public avait requis une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison, estimant que les propos incriminés constituaient une atteinte grave à la dignité de la fonction présidentielle.
Les juges ont finalement retenu une peine de trois ans ferme, tenant compte, selon la décision, du caractère répétitif des déclarations et de leur diffusion numérique, tout en écartant certaines qualifications plus lourdes initialement envisagées.
La défense, assurée par des avocats ivoiriens et maliens, a dénoncé un verdict « excessif », soulignant que M. Gassama avait présenté des excuses au cours de la procédure et qu’aucun appel à la violence n’avait été formulé. Ses conseils ont indiqué qu’un appel était à l’étude.
Qui est Mamadou Hawa Gassama
Personnalité bien connue de la scène politique malienne, Mamadou Hawa Gassama s’est imposé comme l’un des visages les plus visibles de la transition. Ancien député élu sous la IIIᵉ République, il a gagné en influence après les coups d’État de 2020 et 2021, en intégrant le CNT.
Son discours, volontiers combatif, repose sur un nationalisme affirmé et une critique constante de l’influence occidentale en Afrique de l’Ouest. Très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux, il bénéficie d’un soutien populaire auprès d’une frange de l’opinion malienne, tout en suscitant de vives controverses.
Ses prises de position contre la Côte d’Ivoire s’inscrivent dans un contexte de relations dégradées entre Bamako et Abidjan, marqué notamment par l’arrestation de soldats ivoiriens au Mali en 2022 et par les divergences au sein de la CEDEAO.
Une condamnation juridiquement défendable, politiquement explosive
D’un point de vue juridique, la décision repose sur les dispositions du Code pénal ivoirien relatives à l’offense au chef de l’État, y compris lorsqu’elle est commise par voie électronique. Le droit ivoirien permet de poursuivre un étranger présent sur le territoire national dès lors que l’infraction est constituée et produit des effets en Côte d’Ivoire.
La ligne de fracture demeure toutefois étroite entre critique politique légitime et outrage pénalement répréhensible. Là où l’accusation voit une attaque personnelle contre le président, la défense invoque un discours politique international, tenu dans un contexte de tensions régionales.
Une affaire aux résonances régionales
La portée de cette décision dépasse largement le sort personnel de Mamadou Hawa Gassama. Elle soulève une question sensible : un élu étranger peut-il être jugé pour des propos tenus dans son pays d’origine ? Juridiquement, la réponse est oui, dès lors que l’intéressé se trouve sur le territoire de l’État poursuivant et que les faits sont incriminés. Politiquement, en revanche, de telles poursuites restent rares et délicates.
À Bamako, les autorités maliennes ont adopté une réaction prudente, évitant l’escalade verbale, tout en suivant attentivement le dossier. En Côte d’Ivoire, la fermeté judiciaire est perçue comme un signal clair contre toute remise en cause de la dignité de la fonction présidentielle, quel que soit l’auteur des propos.
Pour de nombreux observateurs, l’affaire Gassama illustre les nouvelles lignes de fracture en Afrique de l’Ouest, où la parole politique, amplifiée par les réseaux sociaux, franchit désormais les frontières plus vite que les mécanismes diplomatiques. Elle met en lumière la difficulté croissante à concilier liberté d’expression, souveraineté nationale et stabilité régionale, dans un espace ouest-africain en pleine recomposition.
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