Burkina Faso
Le Burkina prépare le lancement d'un "Diaspora Bond" de 240 milliards de FCFA

Un emprunt de 240 milliards de FCFA pour tester la confiance
Le 16 mars prochain, le Burkina Fasoprévoit de lancer un emprunt d’un genre particulier. D’un montant annoncé de 240 milliards de francs CFA, l’opération vise exclusivement les Burkinabè établis à l’étranger. Présenté comme un « diaspora bond », cet instrument financier entend mobiliser l’épargne nationale hors frontières afin de financer des projets de développement dans un pays confronté à des pressions budgétaires et sécuritaires persistantes.
À première vue, l’initiative relève d’un mécanisme financier classique. L’État émet une obligation destinée prioritairement à ses ressortissants vivant à l’étranger, lesquels prêtent des fonds au gouvernement en échange d’un rendement déterminé et d’un remboursement à échéance. Mais au-delà de la technique, l’opération porte une dimension politique forte. Elle repose sur l’idée que la diaspora constitue non seulement un soutien moral et social, mais aussi un levier financier stratégique.
Les autorités affirment que les fonds collectés serviront à financer des projets structurants, notamment dans les infrastructures et l’industrialisation. Dans un contexte où l’accès aux marchés internationaux est devenu plus coûteux pour de nombreux pays africains, et où les besoins d’investissement public demeurent élevés, l’argument de la souveraineté financière est central. Il s’agit, selon le gouvernement, de diversifier les sources de financement et de réduire la dépendance aux bailleurs extérieurs.
Les précédents africains, entre réussite et désillusion
L’expérience du continent montre cependant que la mobilisation de la diaspora ne se décrète pas. Le cas le plus souvent cité demeure celui du Nigeria. En 2017, Abuja avait levé 300 millions de dollars auprès de ses ressortissants à l’étranger à travers une émission structurée selon les standards internationaux et enregistrée auprès des autorités de régulation américaines et britanniques. L’opération avait suscité un intérêt supérieur au montant recherché. Les fonds avaient été intégrés au budget d’investissement fédéral, notamment pour financer des projets d’infrastructures.
Ce succès reposait moins sur un élan patriotique que sur la crédibilité juridique et financière du dispositif, ainsi que sur le poids économique d’une diaspora qui transfère chaque année plusieurs dizaines de milliards de dollars vers son pays d’origine.
À l’inverse, l’Éthiopieavait tenté de mobiliser sa diaspora pour financer le Grand Ethiopian Renaissance Dam. Malgré la portée symbolique du projet, les souscriptions internationales étaient restées en deçà des attentes. Les critiques portaient sur le manque de transparence, les difficultés d’accès aux titres et la méfiance politique d’une partie des expatriés. Le barrage fut finalement financé principalement par des contributions domestiques et des mécanismes internes.
D’autres pays, comme le Rwanda, le Ghanaou le Kenya, ont exploré des dispositifs similaires avec des résultats plus modestes. Dans l’ensemble, les diaspora bonds africains demeurent marginaux comparés aux euro-obligations classiques ou aux prêts multilatéraux.
Un potentiel immense, mais une condition décisive : la confiance
Le contraste est frappant. Les transferts annuels des diasporas africaines dépassent 90 milliards de dollars, un volume bien supérieur aux montants levés via des instruments obligataires dédiés. Ce décalage souligne que l’existence d’une épargne extérieure importante ne garantit pas sa transformation en dette souveraine.
Les analyses de la Banque africaine de développementet de la Banque mondialeconvergent sur un point central : la réussite d’un diaspora bond dépend avant tout de la confiance. Transparence budgétaire, cadre juridique solide, clarté sur l’affectation des fonds et attractivité du rendement sont déterminants. Pour des investisseurs installés en Europe ou en Amérique du Nord, la décision d’acheter un titre souverain relève d’un calcul financier autant que d’un attachement national.
Le test burkinabè
Dans le cas du Burkina Faso, plusieurs inconnues demeurent. La structuration juridique de l’émission sera-t-elle alignée sur les standards internationaux ? Les modalités de souscription depuis l’étranger seront-elles simples et sécurisées ? Un mécanisme de suivi public permettra-t-il de retracer précisément l’utilisation des 240 milliards de francs CFA annoncés ?
Le contexte sécuritaire et les tensions économiques accentuent ces interrogations. La perception du risque, notamment en matière de soutenabilité de la dette et de stabilité macroéconomique, influencera nécessairement la décision des investisseurs potentiels.
Au-delà de son montant, l’opération constitue un test politique et financier. Elle mesurera la capacité de l’État à convaincre ses ressortissants que leur épargne sera protégée et efficacement investie. Ailleurs sur le continent, l’expérience a montré que l’appel au patriotisme ne saurait remplacer la rigueur institutionnelle.
Le 16 mars, le Burkina Faso ne mettra pas seulement sur le marché un nouvel instrument de dette. Il sollicitera la confiance de sa diaspora. Et dans le domaine des finances publiques, cette confiance demeure la ressource la plus rare.
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