Nigéria
Avec 24 millions de dollars levés, MAX parie sur l’électrification du transport urbain africain

Chaque matin, dans les rues encombrées de Lagos, des milliers de conducteurs de motos et de véhicules de transport urbain prennent la route sans contrat formel, sans accès au crédit bancaire et souvent sans être propriétaires du véhicule qu’ils utilisent. C’est à cette réalité, longtemps ignorée des politiques publiques, qu’une start-up nigériane a décidé de s’attaquer.
Metro Africa Xpress, plus connue sous le nom de MAX, a annoncé une levée de fonds de 24 millions de dollars destinée à accélérer l’expansion de ses flottes de véhicules électriques et à étendre ses activités dans plusieurs pays africains. Dans un environnement où les financements se font plus rares, l’opération marque un pari assumé : celui d’un modèle de mobilité fondé sur la technologie, la discipline financière et, désormais, l’électrification.
Une entreprise née du quotidien des conducteurs
Fondée en 2015 à Lagos, MAX s’est construite autour d’un constat simple. Pour de nombreux conducteurs de motos-taxis ou de véhicules de transport urbain, l’accès à un véhicule repose sur la location informelle ou des accords coûteux avec des propriétaires privés. MAX a proposé une alternative : mettre à disposition des motos et des voitures à des conducteurs, moyennant des paiements quotidiens ou hebdomadaires, calculés pour conduire progressivement à la propriété du véhicule.
Un chauffeur pouvait ainsi commencer à travailler sans apport initial, utiliser le véhicule pour transporter des passagers ou des marchandises, et en devenir propriétaire après plusieurs mois de remboursements réguliers. Pour l’entreprise, le risque était encadré par la technologie : géolocalisation, suivi de l’usage, paiements numériques et collecte de données permettaient de surveiller l’activité, de limiter les défauts et de structurer un secteur largement informel.
Ce modèle hybride — à la fois société de financement, opérateur de flotte et plateforme technologique — a permis à MAX de se développer rapidement dans les grandes villes nigérianes, tout en donnant à des milliers de conducteurs un accès durable à un outil de travail.
Les limites d’un modèle exposé aux chocs économiques
Mais cette première phase de croissance a aussi mis en lumière ses fragilités. La hausse des prix du carburant, l’usure rapide des véhicules thermiques et l’instabilité réglementaire ont comprimé les marges, tant pour les conducteurs que pour l’entreprise. À mesure que les coûts augmentaient, la viabilité du modèle devenait plus incertaine.
À partir de 2023, MAX engage alors une restructuration stratégique profonde. Certaines activités sont abandonnées, les dépenses rationalisées, et la direction opère un choix risqué mais structurant : faire de la mobilité électrique le cœur du modèle économique.
L’électrique, non comme slogan, mais comme solution
Pour MAX, l’électrification n’est pas présentée comme un geste symbolique en faveur du climat, mais comme une réponse pragmatique aux contraintes du marché. Les véhicules électriques réduisent les coûts d’exploitation, limitent la dépendance au carburant importé et offrent une meilleure prévisibilité des dépenses pour les conducteurs.
Concrètement, l’entreprise investit dans l’assemblage local de motos électriques, le déploiement de stations de batteries interchangeables et l’optimisation de la gestion de flotte par la donnée. Un conducteur peut ainsi échanger une batterie déchargée contre une batterie pleine en quelques minutes, plutôt que de faire le plein d’essence à un prix volatile.
Selon l’entreprise, cette transformation a permis d’atteindre la rentabilité sur le marché nigérian, une étape rare dans un secteur souvent dépendant du capital-risque.
Un financement calibré pour une nouvelle phase
La levée de fonds de 24 millions de dollars combine capitaux propres, apportés notamment par Novastar, Equitane DMCC et Endeavor Catalyst, et dette adossée à des actifs, fournie par des institutions de financement du développement comme l’Energy Entrepreneurs Growth Fund.
Cette structure hybride reflète un changement de paradigme : les investisseurs privilégient désormais des entreprises capables de démontrer une discipline financière et une viabilité opérationnelle, plutôt qu’une croissance rapide sans perspective de rentabilité.
Les fonds levés serviront à étendre les flottes électriques, renforcer les infrastructures énergétiques et soutenir l’expansion de MAX en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. L’entreprise ambitionne d’accompagner jusqu’à 250 000 conducteurs d’ici 2027 et de dépasser 150 millions de dollars de revenus récurrents annuels.
Un test pour l’avenir de la mobilité africaine
Au-delà de MAX, cette levée de fonds illustre une évolution plus large du secteur technologique africain. Après des années marquées par la recherche de croissance rapide, l’heure est désormais à des modèles capables de concilier impact social, sobriété financière et résilience économique.
Reste à savoir si cette équation tiendra à grande échelle, dans des pays aux infrastructures inégales et aux cadres réglementaires mouvants. Pour l’instant, MAX dispose d’un atout rare : le temps et les moyens de prouver que l’électrification du transport urbain africain peut être, avant tout, une décision économique rationnelle.
Articles similaires

Au Sénégal, le climat des affaires enregistre une amélioration notable
La note du climat des affaire saugmente de 1.8 points au Sénégal pour passer à 99.6 sur 100.
Publié le

Non, le Cameroun n’a pas instauré de nouvelle taxe visant les influenceurs
Taxe fictive sur les influenceurs web
Publié le

Avec sa carte de crédit, MTN MoMo brouille un peu plus les frontières entre télécoms et banques
MTN MoMo introduit sa nouvelle carte de paiements MASTERCARD
Publié le

Tradex Cameroun l'ascension d'un géant pétrolier africain
Tradex Cameroun : 395 millions de litres de carburants vendus en 2025, l’ascension d’un géant pétrolier africain.
Publié le

Découverte majeure de pétrole au Gabon
Une découverte pétrolière majeure qui ouvre de nouvelles perspectives pour le Gabon
Publié le

ENEO - : Blocage dans les négociations entre Actis et le gouvernement camerounais
Blocage dans les négociations entre Actis et le gouvernement camerounais sur la cession d’ENEO
Publié le
