RDC
Afriland First Group dans la tourmente quatre ans après la saisie de sa fililale en RDC

En juillet 2021, une décision technique prise à Kinshasa a déclenché un bras de fer discret mais lourd de conséquences entre l’État congolais et l’un des groupes bancaires panafricains les plus implantés en Afrique centrale. La Banque centrale du Congoannonçait alors la mise sous administration provisoire d’Afriland First Bank CD, filiale du groupe camerounais Afriland First Group.
Officiellement, la mesure visait à « préserver la stabilité du système bancaire ». Pour la maison mère, elle s’apparente à une dépossession progressive de son actif congolais. Quatre ans plus tard, l’affaire est devenue un test pour la crédibilité réglementaire de la République démocratique du Congo et pour la protection des investissements étrangers dans un secteur stratégique.
Une intervention au nom de la stabilité
Le 2 juillet 2021, la Banque centrale a invoqué des préoccupations liées à la gouvernance interne de la banque et au respect des normes prudentielles. Selon les autorités monétaires, des irrégularités auraient été constatées dans la gestion des risques, la conformité réglementaire et le respect des ratios de solvabilité imposés par la réglementation congolaise.
Dans un pays marqué par plusieurs crises bancaires au cours des deux dernières décennies, la consolidation de la supervision financière est devenue une priorité. L’intervention contre Afriland First Bank CD a été présentée comme un signal : aucune institution, quelle que soit la solidité apparente de son actionnariat, n’est au-dessus des règles prudentielles.
Les tensions autour des fonds publics
Mais la décision ne peut être dissociée d’un autre facteur : la gestion de flux publics sensibles. La banque était impliquée dans le paiement de salaires d’enseignants et dans la distribution de fonds liés à des services sociaux. Des retards signalés dans ces opérations ont suscité des critiques croissantes.
Dans un pays où le versement régulier des salaires publics reste un enjeu politique majeur, tout dysfonctionnement bancaire peut rapidement se transformer en crise sociale. Les autorités ont fini par retirer à la banque certains portefeuilles stratégiques, redistribués à d’autres établissements.
À Gbadolite, des tensions ont émergé autour du paiement d’agents de santé, illustrant la dimension concrète de ces perturbations. Pour Kinshasa, l’intervention était devenue une nécessité afin d’éviter une amplification des troubles.
Un contexte politique plus large
L’épisode s’inscrit également dans une période de recomposition politique. Le président Félix Tshisekedicherchait alors à affirmer l’autorité de l’État sur des secteurs clés de l’économie. Dans ce climat, le contrôle des institutions manipulant des ressources publiques importantes est apparu comme un enjeu de souveraineté.
Des analystes à Kinshasa estiment que la mesure traduisait une volonté plus large de restructurer le paysage bancaire national et de renforcer l’autorité de la Banque centrale après des années de supervision jugée inégale.
Deux récits opposés
Afriland First Group conteste vigoureusement cette lecture. Le groupe affirme avoir été privé de ses droits d’actionnaire majoritaire et soutient qu’il n’exerce plus aucun contrôle opérationnel ou managérial sur la filiale depuis 2021. Les difficultés ultérieures de la banque, insiste-t-il, ne peuvent donc lui être imputées.
En 2023, le différend a pris une dimension internationale. Le groupe a saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, juridiction arbitrale rattachée à la Banque mondiale, pour contester ce qu’il considère comme une expropriation déguisée.
Pour les autorités congolaises, la défense repose sur un principe simple : la régulation bancaire relève de la souveraineté nationale. La mise sous administration provisoire, soutiennent-elles, constitue un outil légal prévu par la loi pour protéger les déposants et préserver la stabilité financière.
Un enjeu au-delà d’une seule banque
L’affaire dépasse désormais le cas d’Afriland. La République démocratique du Congo, riche en ressources naturelles et engagée dans une stratégie d’attraction des capitaux étrangers, cherche à projeter l’image d’un cadre réglementaire plus rigoureux. Mais la manière dont sont gérés les différends impliquant des investisseurs internationaux est scrutée de près.
L’issue de l’arbitrage pourrait influencer la perception du risque pays, bien au-delà du secteur bancaire. Entre impératif de stabilité financière et protection des droits des investisseurs, l’équilibre reste fragile.
Au centre de cette confrontation, une filiale bancaire devenue le symbole d’une tension plus large : celle qui oppose la volonté des États africains de renforcer leur souveraineté économique et les attentes d’investisseurs en quête de prévisibilité juridique.
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