Maroc
Le Maroc fait son grand retour dans l'Union Africaine

Lorsque le Maroc a officiellement réintégré l’Union africaine en janvier 2017, après trente-trois années d’absence, le moment avait valeur de rupture diplomatique. Le royaume, qui avait quitté en 1984 l’Organisation de l’unité africaine pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), choisissait désormais de revenir dans une institution qu’il avait longtemps contestée.
Ce retour n’était pas seulement symbolique. Il marquait l’aboutissement d’une stratégie patiemment construite par Rabat pour réancrer le pays au cœur du continent africain, dans un contexte de recomposition politique et économique régionale.
Une rupture héritée du Sahara occidental
En 1984, le Maroc se retire de l’OUA après que l’organisation reconnaît la RASD, entité proclamée par le Front Polisario et soutenue par l’Algérie. Pour Rabat, cette décision constitue une remise en cause directe de sa souveraineté sur le Sahara occidental, territoire qu’il contrôle majoritairement depuis le départ de l’Espagne en 1975.
Pendant plus de trois décennies, le Maroc demeure le seul pays africain absent de l’organisation panafricaine. Mais l’isolement institutionnel n’empêche pas le royaume de maintenir — et même de renforcer — ses relations bilatérales sur le continent.
Le tournant des années 2010
À partir des années 2010, le roi Mohammed VI multiplie les tournées en Afrique subsaharienne. Des accords de coopération sont signés dans les secteurs bancaire, agricole, énergétique et des infrastructures. Les groupes marocains deviennent des acteurs majeurs en Afrique de l’Ouest et centrale, et Rabat se positionne comme un investisseur africain de premier plan sur le continent.
Cette offensive diplomatique et économique s’accompagne d’un travail politique discret : plusieurs États africains révisent ou suspendent leur reconnaissance de la RASD, modifiant progressivement les équilibres internes au sein de l’Union africaine.
En janvier 2017, lors du sommet d’Addis-Abeba, une large majorité des États membres approuve la réintégration du Maroc. Rabat revient sans condition préalable — et sans que la RASD ne soit exclue.
Défendre sa position de l’intérieur
Le choix stratégique du royaume est clair : plutôt que de boycotter l’institution, il entend désormais peser sur ses orientations depuis l’intérieur. Le Sahara occidental reste inscrit à l’agenda de l’Union africaine, mais Rabat mise sur l’évolution progressive des rapports de force diplomatiques.
Le conflit, supervisé par les Nations unies depuis 1991, demeure l’un des plus anciens différends territoriaux non résolus du continent. Le Maroc propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté, tandis que le Front Polisario continue de réclamer un référendum d’autodétermination. La rivalité structurelle entre le Maroc et l’Algérie donne à ce dossier une dimension régionale durable.
Un repositionnement géopolitique
Au-delà du Sahara occidental, le retour du Maroc à l’Union africaine reflète une transformation plus large de sa politique étrangère. Longtemps tourné prioritairement vers l’Europe et les États-Unis, le royaume affirme désormais une identité africaine assumée.
Rabat s’est engagé dans plusieurs initiatives continentales, notamment dans la coopération religieuse, la formation des imams, la sécurité alimentaire et les énergies renouvelables. Le projet de gazoduc Nigeria–Maroc, destiné à relier l’Afrique de l’Ouest au royaume, illustre cette ambition d’intégration régionale.
Pour l’Union africaine, confrontée à des défis sécuritaires croissants au Sahel, à des transitions politiques instables et à des tensions budgétaires récurrentes, le retour du Maroc représente également un renforcement institutionnel.
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