Niger

Au Niger, un retour à la table des négociations avec Orano

Au Niger, un retour à la table des négociations avec Orano

Après des mois de tensions ouvertes entre les autorités nigériennes et le groupe français Orano, acteur majeur de l’extraction d’uranium dans le pays, Niamey aurait récemment rouvert la voie du dialogue. Selon le média économique Sika Finance, le gouvernement nigérien envisagerait de restituer jusqu’à 95 000 tonnes d’uranium à l’entreprise française; un geste qui, s’il se confirme, marquerait un tournant significatif dans un bras de fer à forte portée stratégique.

Une relation historique mise à l’épreuve

L’uranium constitue depuis des décennies l’un des piliers de l’économie nigérienne. Exploité historiquement par des sociétés liées à la France, d’abord Areva, devenue Orano ; le minerai a longtemps symbolisé l’interdépendance économique entre Paris et Niamey.

Mais depuis le changement de régime intervenu à la suite du coup d’État de juillet 2023, les autorités militaires nigériennes ont engagé une révision en profondeur des accords miniers. Plusieurs décisions unilatérales, dont la suspension ou la remise en cause de certaines autorisations d’exploitation, avaient alimenté les tensions avec Orano, fragilisant davantage des relations diplomatiques déjà dégradées entre le Niger et la France.

Dans ce contexte, l’éventualité d’une restitution de 95 000 tonnes d’uranium (correspondant à des volumes précédemment gelés ou disputés) apparaît comme un signal d’apaisement.

Un enjeu économique majeur

Pour le Niger, l’uranium représente une ressource stratégique, mais aussi une source de revenus cruciale dans un contexte budgétaire contraint et d’isolement régional partiel. Le pays fait face à des sanctions économiques et à une réduction de certaines aides internationales, ce qui renforce l’importance de maximiser les recettes issues des ressources naturelles.

Pour Orano, dont les activités au Niger comptent parmi les plus importantes à l’international, la sécurisation des stocks et la stabilité contractuelle sont essentielles. Le groupe, acteur clé du cycle du combustible nucléaire, fournit notamment des clients européens dans un contexte où l’énergie nucléaire regagne en importance face aux impératifs de transition énergétique et de sécurité d’approvisionnement.

La perspective de récupérer 95 000 tonnes d’uranium représente donc un enjeu financier considérable pour l’entreprise.

Réalisme économique ou repositionnement stratégique ?

La reprise des négociations pourrait traduire une approche plus pragmatique des autorités nigériennes. Après avoir adopté un discours souverainiste affirmé, le gouvernement semble désormais chercher un équilibre entre affirmation du contrôle national sur les ressources et maintien des partenariats indispensables à l’exploitation technique et commerciale.

Certains analystes y voient un ajustement tactique : préserver les intérêts économiques immédiats tout en renégociant, à moyen terme, des conditions plus favorables à l’État nigérien. D’autres estiment que la junte cherche à diversifier ses partenaires internationaux, notamment vers la Russie ou d’autres puissances émergentes, sans rompre totalement avec les acteurs historiques.

Une décision scrutée au-delà du Niger

L’évolution des relations entre Niamey et Orano est suivie de près par l’ensemble des investisseurs présents dans le secteur extractif en Afrique de l’Ouest. Elle constitue un test de la capacité des nouvelles autorités nigériennes à offrir un cadre contractuel stable tout en poursuivant leurs ambitions de souveraineté économique.

Si la restitution des 95 000 tonnes d’uranium se concrétise, elle pourrait ouvrir la voie à une redéfinition plus large du partenariat minier. À l’inverse, un échec des discussions risquerait d’accentuer l’incertitude autour du climat des affaires dans le pays.

Dans un contexte mondial marqué par la compétition pour les ressources stratégiques, l’uranium nigérien demeure un atout géopolitique majeur. La reprise des négociations avec Orano pourrait ainsi signaler non pas un simple règlement technique, mais une étape déterminante dans la recomposition des équilibres économiques et diplomatiques du Niger.


Loïc KETCHOUANG,publié le 16 février 2026

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