Économique
Nigeria : une réforme douanière d’1 milliard USD pour fluidifier le commerce

Le Nigeria s’engage dans une profonde transformation de son système douanier, portée par des réformes ambitieuses évaluées à 1 milliard de dollars. Cette stratégie vise à moderniser ses infrastructures, accroître la transparence et stimuler le commerce, tout en renforçant la mobilisation des recettes non pétrolières.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bola Tinubu, l’Agence des douanes nigérianes (NCS) affiche des résultats spectaculaires : en premier trimestre 2025, les recettes ont atteint 1,3 trillion de nairas, soit plus du double que pour la même période en 2023. Pourtant, ce bond ne s’explique pas par une hausse des volumes d’importation, mais bien par une meilleure efficacité opérationnelle.
L’un des piliers de cette réforme est le lancement du projet E-Customs Modernisation, d’un coût estimé à 3,2 milliards de dollars, dont une partie s’inscrit dans le milliard d’investissement évoqué. Ce projet ambitionne de digitaliser l’ensemble des opérations douanières : traitement des cargaisons, paiements, surveillance des frontières… Une telle modernisation devrait non seulement réduire les délais, mais aussi limiter la fraude et les pertes liées aux fuites de recettes.
Pour encourager les importateurs et exportateurs respectueux des règles, le Nigeria a mis en place le programme “Authorised Economic Operator” (AEO). Les opérateurs douaniers certifiés bénéficient d’un traitement prioritaire (voies “green lane”), ce qui désengorge les ports et accroît la prévisibilité des échanges.
Dans le même temps, l’agence douanière a intensifié sa lutte contre la contrebande : plus de 64 milliards de nairas ont été récupérés sur les marchandises sous-évaluées, et des réseaux de trafic aux frontières (Sème, Idiroko, Katsina, Sokoto) ont été démantelés. Ce renforcement du contrôle va de pair avec des opérations combinées — douanes, armée, police, services de renseignement —, recourant à des drones, à l’analyse de données et au renseignement en temps réel.
Autre avancée majeure : la mise en place d’une “National Single Window”, une plateforme numérique unifiée qui intègre jusqu’à 15 agences gouvernementales impliquées dans le dédouanement des marchandises. Résultat : les délais de dédouanement dans les ports d’Apapa et de Tin Can sont passés de 21 jours à seulement 7 à 10 jours pour les importateurs vertueux.
Sur le plan des exportations, la réforme s’accompagne d’une politique proactive : des couloirs accélérés (fast-track) ont été mis en place pour les produits agricoles, en collaboration avec le Nigeria Export Promotion Council (NEPC). En 2024, les exportations non pétrolières (agro-produits, minerais) ont dépassé 340 milliards de nairas, soit une hausse de 38 % en un an.
Internement, la NCS se réinvente : plus de 1 800 agents ont reçu une formation en analyse de données, intelligence artificielle et évaluation des risques. Cette orientation “douane-intelligente” reflète la volonté de bâtir un service moderne, aligné sur les standards internationaux.
L’enjeu économique est double : sécuriser les recettes publiques face à la volatilité du pétrole, tout en rendant le commerce plus fluide et plus attractif. Les autorités estiment que ces réformes structurantes permettront de réduire le coût du commerce, de limiter la corruption et de rendre la douane plus fiable pour les entreprises.
Mais les défis restent nombreux. La digitalisation complète prendra du temps, et l’investissement de 1 milliard USD devra être géré avec rigueur pour éviter les gaspillages. De plus, les réformes doivent être accompagnées d’une bonne gouvernance pour que l’ouverture des ports profite réellement aux petits et moyens commerçants.
Cette réforme douanière marque une rupture avec les pratiques traditionnelles, et pourrait redéfinir le rôle de la douane dans l’économie nigériane : non plus simple collecteur, mais véritable partenaire du commerce et de la croissance nationale.
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