Guinée Conakry

La banque Africaine de Developpement (BAD) approuve le financement du réseau électrique Guinéen

La banque Africaine de Developpement (BAD) approuve le financement du réseau électrique Guinéen

À la tombée de la nuit, certains quartiers de Conakry s’illuminent sans heurts. D’autres plongent encore dans l’obscurité, au rythme familier des coupures. En Guinée, l’électricité n’est pas seulement une commodité : elle est devenue un indicateur de crédibilité politique.

L’annonce récente d’un financement d’environ 30 millions de dollars par la Banque africaine de développement (BAD) pour renforcer le réseau électrique national intervient à un moment charnière. Élu il y a quelques mois, le président Mamadi Doumbouya entre dans la phase la plus exigeante de son mandat : celle où les promesses doivent produire des effets mesurables.

Le financement composé d’un prêt concessionnel majoritaire complété par un don s’inscrit dans le cadre du Projet d’Interconnexion Électrique Guinée–Mali. Il vise à moderniser les lignes de transport à haute tension, améliorer les postes de transformation et consolider l’intégration énergétique régionale.

Mais derrière les chiffres se dessine un défi plus profond : celui d’un pays riche en ressources hydrauliques qui peine encore à garantir un accès stable et équitable à l’électricité.

Un paradoxe énergétique

La Guinée dispose d’un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants d’Afrique de l’Ouest. Les barrages de Souapiti (450 MW) et de Kaléta (240 MW), construits sur le fleuve Konkouré, totalisent 690 mégawatts de capacité installée. Ensemble, ils assurent plus de 80 % de la production nationale d’électricité, selon des données de la Banque mondiale.

Au total, la capacité énergétique installée du pays dépassait 1 400 MW en 2022, toutes sources confondues.

Pourtant, l’accès reste limité. En 2023, environ 51 % de la population guinéenne avait accès à l’électricité. Le contraste est frappant : près de 89 % en milieu urbain, contre seulement 21 % en zones rurales, d’après des données relayées par des institutions internationales.

Ce décalage révèle une réalité structurelle : la Guinée produit davantage d’électricité qu’elle ne parvient à la distribuer efficacement.

Un réseau fragile

Le principal maillon faible réside dans le transport et la distribution. Les infrastructures restent inégalement maillées, les pertes techniques et commerciales sont élevées, et la dépendance à l’hydrologie rend le système vulnérable aux variations saisonnières.

La société publique Électricité de Guinée (EDG) fait face à des contraintes financières persistantes, en partie liées aux subventions destinées à maintenir des tarifs accessibles. Résultat : des délestages fréquents, y compris dans la capitale, et une dépendance accrue des entreprises aux générateurs privés, plus coûteux.

C’est précisément ce maillon que le financement de la BAD entend renforcer : consolider les lignes à haute tension, fiabiliser le réseau et faciliter les échanges transfrontaliers d’électricité.

Un enjeu politique majeur

Pour le président Doumbouya, l’électricité représente bien plus qu’un dossier technique. Elle constitue un test immédiat de gouvernance.

Dans l’histoire politique récente du pays, les coupures d’électricité ont souvent alimenté le mécontentement populaire. Une amélioration tangible de l’accès et de la stabilité énergétique pourrait renforcer la confiance dans les institutions, tandis qu’un échec accentuerait la pression sociale.

L’enjeu est également économique. Le secteur minier, moteur de l’économie guinéenne, dépend d’une alimentation énergétique fiable pour soutenir la transformation locale et attirer des investissements à plus forte valeur ajoutée. Sans réseau robuste, l’industrialisation demeure limitée.

Les chiffres d’un défi structurel

Quelques chiffres permettent de mesurer l’ampleur du défi. Le financement approuvé par la Banque africaine de développementpour renforcer le réseau et l’interconnexion régionale s’élève à environ 30 millions de dollars. Les barrages de Souapiti et Kaléta, construits sur le fleuve Konkouré, offrent une capacité combinée de 690 mégawatts, tandis que la capacité totale installée dans le pays dépassait 1 400 mégawatts en 2022. Malgré ces infrastructures, l’accès à l’électricité reste limité : seulement 51 % de la population bénéficie d’une connexion en 2023, et ce chiffre tombe à 21 % en milieu rural. Ces données illustrent un paradoxe frappant : un pays doté d’un potentiel énergétique considérable, mais confronté à des contraintes structurelles persistantes.

Une lumière encore incertaine

Le succès de ce financement dépendra de la capacité des autorités à assurer une exécution rigoureuse : transparence dans les marchés publics, coordination institutionnelle, suivi technique conforme aux standards des bailleurs.

Dans un pays où l’électricité a longtemps symbolisé les promesses non tenues, chaque transformateur installé, chaque ligne renforcée et chaque foyer raccordé prend une dimension politique.

Pour le président Doumbouya, la stabilité du courant pourrait devenir l’un des premiers indicateurs concrets de la réussite de son mandat. En Guinée, la lumière n’est pas seulement une question d’infrastructure. Elle est devenue une mesure du pouvoir lui-même.


Loïc KETCHOUANG,publié le 24 février 2026

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