Gabon
Un pari urbain à 150 millions de dollars pour rééquilibrer le territoire gabonais

Pendant longtemps, le développement urbain du Gabon s’est concentré sur un nombre restreint de pôles, laissant de nombreuses villes moyennes confrontées à des infrastructures dégradées et à une croissance mal maîtrisée. Le gouvernement gabonais tente désormais d’inverser cette trajectoire à travers le Programme d’Aménagement et de Développement des Infrastructures du Gabon (PADIG), un projet de 150 millions de dollars — soit environ 91,5 milliards de francs CFA — financé par la Banque mondiale.
Le programme cible sept villes secondaires : Franceville, Oyem, Lambaréné, Koulamoutou, Mouila, Ndendé et Lebamba. Ensemble, elles concentrent environ 13 % de la population gabonaise et incarnent, aux yeux des autorités, un potentiel de développement longtemps sous-exploité. Le PADIG s’inscrit dans le Plan national de développement 2024-2026, avec l’ambition affichée de réduire la pression démographique sur Libreville et Port-Gentil tout en améliorant la qualité de vie dans l’intérieur du pays.
Concrètement, le programme prévoit la réhabilitation de voiries urbaines, la construction de systèmes de drainage et de bassins de rétention pour limiter les inondations, la modernisation de marchés, centres de santé et équipements collectifs, ainsi que l’aménagement d’espaces publics et d’infrastructures plus résilientes face aux aléas climatiques. La Banque mondiale souligne que le projet vise à répondre à une urbanisation rapide dans un pays où plus de 90 % de la population vit en zone urbaine.
La mise en œuvre du PADIG est placée sous la supervision du ministère des Travaux publics, avec l’appui opérationnel de la Commission nationale des travaux publics pour la promotion de l’entrepreneuriat et de l’emploi (CNTIPPEE). L’approche retenue se veut intégrée, combinant investissements physiques et renforcement des capacités des collectivités locales, afin d’améliorer la planification et la gestion urbaine à long terme.
Pour le gouvernement, le PADIG ne se limite pas à une série de chantiers. Lors d’une rencontre avec les équipes du programme en janvier 2026, le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a insisté sur la nécessité de dépasser la logique de projets ponctuels pour inscrire ces investissements dans une vision durable de l’aménagement du territoire.
L’enjeu est aussi politique. En modernisant des villes longtemps perçues comme périphériques, les autorités cherchent à créer de nouveaux pôles économiques régionaux, capables de soutenir l’emploi local et de limiter l’exode vers la capitale. La Banque mondiale, de son côté, met en avant les retombées attendues en matière de résilience climatique, de création d’emplois et d’amélioration de l’accès aux services urbains.
Mais le programme suscite également des interrogations. Selon plusieurs analystes, les 91,5 milliards de FCFA mobilisés par le PADIG ne représentent qu’une fraction des besoins estimés pour une transformation urbaine à l’échelle nationale, évalués à plus de 1 300 milliards de FCFA. La réussite du projet dépendra donc de la capacité de l’État à mobiliser des financements complémentaires, à respecter les calendriers d’exécution et à assurer l’entretien des infrastructures une fois les travaux achevés.
Dans un pays engagé dans une phase de recomposition économique et institutionnelle, le PADIG apparaît comme un test décisif. S’il parvient à transformer durablement Franceville, Oyem, Lambaréné, Koulamoutou, Mouila, Ndendé et Lebamba, il pourrait redessiner la carte urbaine du Gabon. À défaut, il restera le symbole d’une ambition confrontée aux limites structurelles de l’action publique.
