Tchad

Le Tchad et l’Azerbaïdjan scellent une alliance technologique hors des sentiers battus

Le Tchad et l’Azerbaïdjan scellent une alliance technologique hors des sentiers battus

Le Tchad et l’Azerbaïdjan ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération bilatérale avec la conclusion d’un accord d’alliance technologique entre l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes du Tchad (ARCEP) et l’Innovation and Digital Development Agency (IDDA) d’Azerbaïdjan. Signé à Bakou à l’issue de plusieurs séances de travail, cet accord vise à renforcer les capacités institutionnelles et techniques du Tchad dans un contexte de transformation numérique accélérée.

La délégation tchadienne, conduite par Haliki Choua Mahamat, directeur général de l’ARCEP, a été reçue par les responsables de l’IDDA, l’agence publique azerbaïdjanaise chargée du développement de l’innovation, des technologies numériques et des services d’e-gouvernement. Les discussions ont porté sur la gestion du spectre radioélectrique, la coopération dans le domaine satellitaire, le développement des infrastructures numériques et le renforcement des compétences techniques.

Selon les termes de l’accord, les deux institutions entendent mettre en place des programmes de formation, des échanges d’expertise et des projets pilotes destinés à améliorer la connectivité, notamment dans les zones rurales et enclavées du Tchad. La coopération prévoit également un appui technique en matière de régulation, un champ considéré comme stratégique par les autorités tchadiennes dans la structuration de leur écosystème numérique.

Cet accord s’inscrit dans une stratégie plus large de N’Djamena visant à moderniser ses infrastructures numériques, à développer des services publics digitalisés et à réduire une fracture numérique persistante. Pour le Tchad, pays enclavé confronté à de fortes contraintes logistiques et budgétaires, le numérique est devenu un levier central de modernisation administrative et de développement économique.

Du côté azerbaïdjanais, ce partenariat reflète une volonté affirmée d’étendre son empreinte numérique au-delà de son voisinage immédiat. Fort de l’expérience acquise dans la mise en place de plateformes de services publics numériques et de systèmes de gestion étatique digitalisés, Bakou cherche à se positionner comme un fournisseur de solutions institutionnelles adaptées aux pays émergents, notamment en Afrique.

À première vue, le choix de l’Azerbaïdjan comme partenaire technologique peut surprendre, alors que des puissances comme la Chine dominent largement le paysage mondial des infrastructures numériques. Mais ce choix répond à une logique pragmatique. Contrairement aux géants de la tech, dont les offres s’accompagnent souvent de financements lourds et d’enjeux géopolitiques sensibles, l’Azerbaïdjan propose une coopération davantage centrée sur le transfert de compétences, la régulation et l’ingénierie institutionnelle.

Pour le Tchad, l’enjeu est aussi celui de la souveraineté. En diversifiant ses partenariats technologiques et en s’appuyant sur des acteurs intermédiaires, N’Djamena cherche à éviter une dépendance excessive vis-à-vis d’un seul pôle de puissance, tout en adaptant les solutions numériques à ses réalités locales. Cette approche, plus graduelle, tranche avec les modèles d’intégration rapide proposés par les grandes puissances technologiques.

L’alliance entre l’ARCEP tchadienne et l’IDDA azerbaïdjanaise illustre ainsi une diplomatie numérique à bas bruit, fondée sur la coopération technique plutôt que sur l’influence stratégique directe. Reste à savoir si cette alliance produira, à moyen terme, des résultats tangibles sur le terrain. Mais elle révèle déjà une tendance de fond : dans la course mondiale au numérique, certains pays choisissent désormais des partenaires moins visibles, mais jugés plus compatibles avec leurs ambitions et leurs contraintes.


Loïc KETCHOUANG,publié le 29 janvier 2026

Articles similaires

Le Cameroun passe à l’offensive contre les géants du numérique
Cameroun

Le Cameroun passe à l’offensive contre les géants du numérique

Le cameroun taxe les géants du numérique.

Publié le