Burkina Faso
Au Burkina Faso, les cliniques mobiles facilitent le dépistage du cancer du sein en milieu rural

aDans les villages poussiéreux du Centre-Ouest comme dans les quartiers périphériques de Bobo-Dioulasso, l’arrivée d’un camion médicalisé suscite désormais une attente inhabituelle. À son bord, des échographes, du personnel formé, et surtout une promesse rare dans le système de santé burkinabè : celle d’un dépistage gratuit du cancer du sein, au plus près des femmes qui, jusqu’ici, en étaient largement exclues.
Le cancer du sein constitue aujourd’hui le premier cancer féminin au Burkina Faso, devant celui du col de l’utérus. Selon les autorités sanitaires, la majorité des cas sont diagnostiqués à un stade avancé, réduisant considérablement les chances de survie. En cause : l’éloignement géographique des centres spécialisés, le coût des examens, et un déficit persistant d’information.
Un dispositif mobile pour répondre à un diagnostic tardif
Face à ce constat, les autorités burkinabè ont engagé, depuis 2024, un programme national de cliniques mobiles de santé, conçu pour pallier les inégalités territoriales d’accès aux soins spécialisés. Ces unités itinérantes sillonnent les treize régions du pays et proposent, entre autres services, le dépistage du cancer du sein par mammographie ou échographie, ciblant prioritairement les femmes âgées de 40 ans et plus.
En un peu plus d’un an, près de 468 missions mobiles ont été organisées à travers le pays. D’après les données communiquées par le ministère de la Santé, environ deux millions de femmes ont été sensibilisées aux risques liés au cancer du sein, aux techniques d’auto-examen et à l’importance d’un dépistage précoce.
Dans le même temps, plus de 14 000 femmes ont effectivement bénéficié d’examens d’imagerie mammaire, une avancée notable dans un pays où ces actes restent concentrés dans quelques hôpitaux urbains.
Le caractère gratuit de ces prestations est central. Hors campagne, une mammographie peut coûter jusqu’à 20 000 francs CFA, une somme hors de portée pour une large partie de la population féminine, dont beaucoup exercent dans l’économie informelle.
Octobre Rose, catalyseur d’une mobilisation nationale
Cette stratégie a trouvé un écho particulier lors des dernières éditions d’Octobre Rose, la campagne internationale de lutte contre les cancers féminins. En 2024 et 2025, les cliniques mobiles ont été déployées de manière renforcée, notamment dans les zones rurales, tandis que des campagnes de communication ont été menées en langues locales.
Des opérations de dépistage ont ainsi été organisées à Tanghin-Dassouri, Bondoukuy, Léo, ou encore dans plusieurs districts sanitaires du Sud-Ouest et du Centre-Nord. Ces actions ont permis d’atteindre des femmes souvent éloignées des circuits classiques de prévention, parfois pour la première fois confrontées à un discours médical structuré sur le cancer du sein.
L’apport déterminant de la société civile et des partenaires
Au-delà de l’action publique, la dynamique repose sur un écosystème d’acteurs associatifs et privés. Des ONG nationales et internationales, des fondations locales et des partenaires bancaires ont soutenu financièrement et logistiquement certaines campagnes, notamment dans les zones urbaines secondaires.
À Bobo-Dioulasso, par exemple, des initiatives communautaires ont permis de coupler dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus, élargissant ainsi l’impact sanitaire des campagnes. Dans d’autres régions, des partenariats avec les centres de santé et de promotion sociale (CSPS) ont favorisé l’ancrage local des opérations
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Des avancées réelles, mais un modèle encore fragile
Si ces campagnes ont indéniablement contribué à réduire les barrières d’accès au dépistage, elles mettent également en lumière les fragilités du système. Le dépistage reste largement événementiel, dépendant de financements ponctuels et de partenariats extérieurs. Le suivi post-dépistage — notamment pour les cas suspects nécessitant une biopsie ou une prise en charge oncologique — demeure inégal selon les régions.
Par ailleurs, le Burkina Faso ne dispose que de quelques structures spécialisées en oncologie, concentrées dans les grands centres urbains, posant la question du continuum de soins après le dépistage.
